En bref
- La balade en zigzag consiste à laisser les rues, les détours et les coïncidences modifier une marche initialement sans but précis.
- Cette pratique s’inspire de l’écrivain-voyageur britannique Stephen Graham, qui invitait à ne pas devenir prisonnier d’un itinéraire.
- Le flow, étudié par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi, décrit un état d’attention engagée où le défi rencontre les capacités de la personne.
- Marcher sans chercher à optimiser le trajet peut soutenir une forme de détente, d’évasion et de créativité, sans promettre une expérience identique à chacun.
- Le véritable enjeu n’est pas de se perdre, mais de retrouver une liberté de mouvement dans des journées souvent réglées à l’avance.
Il y a des journées dont la satisfaction ne vient pas d’avoir beaucoup accompli, mais d’avoir suivi un fil discret : une rue qui attire le regard, une pente qui appelle les jambes, une lumière sur une façade. La balade en zigzag propose de donner une place à ce fil, sans lui demander de produire quoi que ce soit.
| Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : | Un geste simple à essayer |
|---|---|
| Le zigzag déplace l’attention de l’objectif vers l’expérience du chemin. | À la prochaine intersection, choisissez une direction selon un détail qui vous touche : un arbre, une odeur, une couleur. |
| Le flow n’est pas une performance à atteindre, mais une qualité d’engagement qui apparaît parfois lorsque le geste est ajusté. | Marchez vingt minutes sans consulter votre téléphone, à un ritmo confortable. |
| Le hasard peut devenir un cadre d’exploration, à condition de préserver sa sécurité et ses limites. | Définissez un périmètre, une heure de retour et laissez le reste ouvert. |
| L’improvisation nourrit souvent la créativité parce qu’elle desserre l’habitude de tout prévoir. | Notez, au retour, trois choses vues pour la première fois. |
La balade en zigzag, une autre manière de suivre le flow
Une balade en zigzag ne demande ni équipement particulier, ni destination prestigieuse, ni disponibilité immense. Elle commence à l’angle d’une rue. Au lieu de suivre le chemin le plus efficace, la marcheuse accepte d’aller tantôt à gauche, tantôt à droite, selon une règle légère qui empêche le trajet de devenir trop prévisible.
Le principe est associé à Stephen Graham, écrivain-voyageur britannique né en 1884 et mort en 1975. Dans L’art délicat du vagabondage, ouvrage qui n’a pas été traduit en français, il défendait l’idée qu’une déambulation libérée d’un itinéraire trop serré rend les impressions plus vives. Son propos ne consistait pas à glorifier l’errance pour elle-même, mais à rappeler une évidence devenue rare : le monde se révèle autrement lorsqu’il n’est pas réduit à une suite d’adresses utiles.
Le zigzag n’est donc pas une méthode rigide. C’est presque l’inverse. Il peut prendre la forme d’un jeu : prendre deux fois à gauche, puis une fois à droite pour éviter de tourner en rond ; suivre une rue jusqu’à ce qu’un détail sensible fasse changer d’avis ; laisser une place, un marché ou le son d’un tramway orienter la suite. Cette petite règle crée un cadre assez clair pour rassurer, et assez souple pour laisser entrer l’imprévu.
Dans une ville, l’habitude dessine des couloirs invisibles. Il y a le trajet vers le travail, celui vers l’école, celui vers le supermarché, celui qui permet de rentrer vite quand la fatigue prend toute la place. Ces trajectoires sont nécessaires. Pourtant, à force de les répéter, elles peuvent rendre le quartier lui-même muet. La même boulangerie, le même mur couvert de lierre, la même cour intérieure ne sont plus perçus. Une promenade oblique ne change pas forcément le décor ; elle modifie surtout la qualité de présence accordée au décor.
Le mot flow apporte ici un éclairage utile, à condition de ne pas en faire une obligation de bien-être. Mihály Csíkszentmihályi a consacré ses recherches à ces moments où une personne se trouve profondément absorbée par une activité. L’attention se rassemble, le rapport au temps se modifie, l’action paraît porter son propre élan. Une marche peut parfois créer cet état, notamment lorsqu’elle engage juste assez le corps et l’esprit : repérer des directions, s’adapter à une pente, écouter le rythme des pas, observer sans devoir analyser.
Il ne s’agit pas de transformer chaque sortie en quête d’expérience optimale. Certaines balades seront grises, inconfortables, distraites. Le téléphone sonnera peut-être, la pluie viendra, une pensée lourde accompagnera chaque rue. Cela aussi appartient à la marche. L’intérêt du zigzag est précisément d’offrir une forme d’accueil : il n’exige pas que l’humeur soit lumineuse pour commencer à bouger.
Imaginons Nora, qui habite depuis huit ans dans un quartier lyonnais qu’elle dit connaître « par cœur ». Un samedi de fin d’hiver, elle décide de ne suivre aucun itinéraire enregistré. Elle tourne à gauche devant un atelier de réparation de vélos, à droite au bruit d’un accordéon venu d’une fenêtre, puis encore à gauche parce qu’un escalier monte entre deux immeubles. Elle ne découvre pas une ville secrète. Elle découvre que son regard avait cessé de s’arrêter.
Cette nuance compte. L’évasion n’est pas toujours au bout d’un billet de train, ni dans une parenthèse exceptionnelle. Elle peut naître d’un déplacement modeste, attentif, presque domestique. Dans un quotidien chargé, rendre vingt ou trente minutes moins utilitaires ne résout pas tout, mais cela peut rouvrir une petite chambre intérieure.
La balade en zigzag ne demande pas de croire au hasard comme à une force qui saurait mieux que nous ce dont nous avons besoin. Le hasard reste le hasard. En revanche, il peut devenir un partenaire d’improvisation : il propose, la marcheuse dispose. Elle conserve son discernement, son heure de retour, son attention aux lieux et à sa sécurité. La liberté n’est pas l’absence de limites ; elle est la possibilité de respirer à l’intérieur de limites choisies.
Suivre le flow, ici, revient moins à abandonner toute direction qu’à laisser le chemin participer à la décision.

Pourquoi le mouvement improvisé peut réveiller la créativité
La créativité est souvent imaginée comme une affaire de bureau : une page blanche, un carnet ouvert, une idée à trouver. Pourtant, elle se nourrit aussi de déplacements concrets. Le corps marche, les yeux changent d’échelle, les pensées cessent parfois de rester assises au même endroit. Cette relation n’a rien d’ésotérique : modifier son environnement et varier ses stimulations peut aider l’attention à sortir d’une boucle mentale trop étroite.
Le mouvement ne garantit pas une idée brillante. Il offre plutôt une disponibilité. Quand une personne marche, elle n’a pas à soutenir le regard d’un écran ni à répondre immédiatement à une demande. Le pas crée un rythme, un ritmo personnel, qui peut accueillir les associations d’idées. Certaines apparaissent et s’effacent. D’autres trouvent enfin une forme de phrase, de dessin, de décision ou de question plus juste.
Les recherches de Csíkszentmihályi sur le flow soulignent notamment l’importance d’un équilibre entre difficulté et compétence. Si une activité est trop simple, l’ennui peut s’installer ; si elle est trop exigeante, l’anxiété ou la tension prennent le relais. La promenade en zigzag présente un intérêt discret : elle introduit de minuscules défis ajustables. Faut-il monter cet escalier ? Traverser ce square ? Choisir la rue calme ou la rue animée ? Rien de spectaculaire, mais assez pour maintenir une attention vivante.
Cette disponibilité ressemble à ce que nombre d’artistes décrivent lorsqu’ils parlent de leurs marches. Virginia Woolf, dans ses textes londoniens, saisissait la ville comme un tissu de rencontres et de perceptions fugitives. Les flâneurs et flâneuses ne cherchent pas nécessairement un résultat ; ils ou elles pratiquent une manière de regarder. La créativité commence souvent là : dans l’instant où un élément ordinaire échappe à son étiquette habituelle.
Donner au regard une tâche douce pendant une promenade en zigzag
Pour que l’improvisation ne soit pas seulement une distraction, il peut être utile de lui confier une attention simple. Non pas une mission à réussir, mais une question de compagnie. Nora, par exemple, décide lors de ses promenades de repérer les seuils : portes entrouvertes, entrées d’immeubles, passages sous porches, grilles, changements de pavés. Cette attention transforme la marche en enquête poétique, sans que personne ait besoin de la valider.
- Suivre une couleur : laisser un détail ocre, bleu ou vert orienter les prochains pas, sans chercher à le retrouver à tout prix.
- Écouter les textures sonores : un moteur lointain, des couverts sur une terrasse, une fontaine, des oiseaux cachés dans une cour.
- Observer les gestes : un fleuriste qui compose une vitrine, une personne qui attend, une main qui ferme un volet.
- Recueillir trois mots : relevés sur une plaque, une affiche, un menu ou entendus au passage, puis notés au retour.
Ces propositions ne servent pas à rendre la sortie productive. Elles aident plutôt à donner une direction au regard lorsque le mental réclame un programme. À la fin, il n’y aura peut-être qu’un mot étrange dans un carnet, la forme d’une fenêtre ou l’envie de cuisiner un fruit aperçu sur un étal. C’est peu, et c’est souvent assez.
Les personnes qui travaillent dans des métiers d’écriture, de soin ou de coordination connaissent bien le risque d’une attention continuellement sollicitée. À force de répondre, d’anticiper et d’organiser, l’imaginaire peut se mettre à parler bas. Une marche sans objectif de rendement offre un espace où il n’a pas besoin de se justifier. Elle n’efface ni la charge mentale ni les contraintes matérielles, mais elle peut suspendre, un moment, la logique de l’urgence.
Pour prolonger ce lien entre geste et pensée, dessiner pour rejoindre le cerveau droit et le flow propose une autre porte d’entrée. Le dessin, comme la déambulation, déplace l’attention vers la main, la ligne et l’observation. Il ne demande pas d’être artiste. Il invite à redevenir disponible.
Une vidéo sur le flow peut éclairer le concept, mais l’expérience reste singulière. Chez certaines personnes, la marche ouvre des idées ; chez d’autres, elle permet seulement de dénouer un peu la journée. Cette seconde possibilité n’a rien d’inférieur. La détente ne devrait pas avoir à produire une œuvre pour être considérée comme valable.
La créativité n’est pas toujours une production : elle peut être cette manière plus ample de recevoir ce qui passe.
Comment pratiquer une balade en zigzag sans se mettre en difficulté
L’image du vagabondage peut séduire, mais elle ne doit pas faire oublier les réalités très concrètes de la marche en ville. Toutes les personnes ne se sentent pas également libres de se déplacer seules, à toute heure et dans n’importe quel quartier. Le genre, le handicap, la fatigue, les expériences passées, le racisme ou la précarité modifient profondément l’accès à cette disponibilité. Parler de liberté exige donc de parler aussi de conditions de sécurité et de confort.
Une balade en zigzag peut être préparée sans être verrouillée. C’est même l’un de ses paradoxes féconds : on fixe un cadre pour pouvoir s’y détendre. Avant de partir, choisir une durée approximative, un secteur familier ou aisément accessible, une batterie chargée et une tenue adaptée permet d’éviter que l’ouverture ne devienne une source de tension. Il n’y a aucune noblesse à aller trop loin, à ignorer la faim ou à poursuivre une exploration alors que le corps demande à rentrer.
Nora adopte un principe très simple : elle marche dans un rayon qu’elle saurait retracer sans carte, durant une heure maximum, et garde toujours le prix d’un trajet de retour. Ces détails ne sont pas des freins à l’évasion. Ils rendent l’évasion habitable. Elle peut s’autoriser un détour parce qu’elle sait que son point d’ancrage existe.
Un cadre souple pour laisser de la place au hasard
Il est possible de commencer par une règle de zigzag très modeste. À chaque carrefour sûr, une direction est choisie selon une alternance : gauche, gauche, droite, puis recommencer. Si la rue semble peu accueillante, inaccessible ou simplement sans intérêt, la règle peut être modifiée. L’improvisation ne consiste pas à obéir aveuglément à la règle ; elle consiste à entretenir avec elle un dialogue.
- Définissez un seuil de départ : vingt minutes suffisent. L’essentiel est de quitter le mode trajet, pas d’accumuler les kilomètres.
- Choisissez un repère de retour : une station, une place connue, une rue principale ou une heure précise.
- Laissez une décision ouverte : le prochain virage, le lieu d’une pause, le moment de rentrer.
- Accueillez le changement de plan : pluie, affluence, fatigue ou envie de silence sont des informations, non des échecs.
- Terminez par une transition : boire un verre d’eau, s’asseoir cinq minutes, noter une impression avant de replonger dans les obligations.
Cette dernière étape est souvent négligée. Pourtant, une sortie qui se termine par la reprise immédiate des messages et des listes peut laisser l’impression d’avoir disparu sans trace. Accorder quelques minutes à l’atterrissage permet de reconnaître ce qui a été vécu : une rue aimée, une tension dans les épaules, une idée à reprendre, une tristesse aussi. Le journal peut devenir un sanctuaire discret pour ces fragments.
Le flow est parfois présenté comme une zone fluide où tout deviendrait facile. Cette représentation peut décourager les personnes dont le système nerveux est déjà très sollicité. Dans la vie réelle, l’attention oscille. Elle s’accroche, dérive, revient. Une promenade lente, avec des pauses et sans injonction à se concentrer parfaitement, correspond souvent mieux à cette réalité sensible.
Il peut aussi être précieux de marcher à deux, surtout lorsque le sentiment de sécurité l’exige. Le jeu du zigzag se transforme alors : chacun ou chacune choisit à tour de rôle la direction, sans argumenter, puis partage ce qui a motivé le choix. Cette pratique révèle des manières très différentes de percevoir la ville. L’une suit les arbres, l’autre les librairies, une troisième les rues les moins bruyantes. La relation y gagne parfois une légèreté inhabituelle.
En cas de vertiges, de douleur inhabituelle, de fatigue intense ou de toute question de santé, il convient de consulter un professionnel de santé. La marche ne remplace ni un accompagnement médical ni un soutien psychologique lorsqu’ils sont nécessaires. Elle peut être un geste de présence parmi d’autres, ajusté à chaque saison de vie.
Une balade juste n’est pas celle qui va le plus loin, mais celle dont on revient un peu plus reliée à ses propres limites.
Le flow au quotidien : sortir du trajet automatique sans tout bouleverser
Il n’est pas nécessaire de réserver le zigzag aux dimanches disponibles ou aux voyages. Son esprit peut se glisser dans les interstices d’une journée ordinaire : choisir un autre trottoir en rentrant, s’arrêter deux minutes dans un square inconnu, emprunter une rue parallèle avant un rendez-vous. Cette pratique ne réclame pas de renoncer à l’organisation. Elle invite à desserrer légèrement l’idée que tout moment doit être rentable.
Le quotidien moderne repose sur des parcours réglés. Calendriers partagés, livraisons à suivre, rendez-vous médicaux, horaires d’école, transports et notifications organisent une vie déjà dense. Cette structure peut sécuriser, parfois sauver du chaos. Mais elle devient étouffante lorsqu’elle ne laisse plus aucun seuil d’improvisation. Ce qui fatigue n’est pas toujours la quantité d’actions ; c’est aussi l’impression que chacune était écrite avant même d’être vécue.
Dans ce contexte, le flow ne doit pas être compris comme une injonction supplémentaire à bien utiliser son temps. Il n’est pas une case à cocher entre une séance de sport et une méditation. Il désigne plutôt une rencontre possible entre une personne, une activité et un niveau d’attention. Préparer un repas sans écran, rempoter une plante, réparer un vêtement ou classer des photos peut parfois devenir une expérience absorbante, si la difficulté est juste et si l’on accepte de n’être nulle part ailleurs pendant un moment.
La marche garde toutefois une singularité. Elle met le corps en relation avec un monde qui ne répond pas à nos attentes. Un chantier impose son bruit, un chat traverse une cour, un café vient d’ouvrir, une rue est barrée. Ces petites résistances empêchent l’illusion de maîtrise totale. Elles rappellent que la vie n’est pas un tableau de bord.
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir cette relation entre attention et déplacement, le mouvement comme chemin vers le flow explore la façon dont le corps peut devenir un appui plutôt qu’un simple véhicule. Le corps ne fournit pas toujours les réponses. Il donne souvent des indications : accélération, lourdeur, envie de s’arrêter, curiosité, besoin d’air.
Il existe aussi une dimension sociale à cette pratique. Reprendre possession de son quartier à pied, fréquenter les commerces de proximité, reconnaître les arbres d’une rue ou les horaires d’une place, c’est habiter davantage son territoire. Cette attention ne dissout pas les inégalités urbaines ni les difficultés de logement. Elle peut toutefois soutenir une relation moins abstraite à l’espace vécu, plus attentive aux personnes qui le traversent.
Une marche guidée peut aider lorsqu’il est difficile de quitter le bruit intérieur. Mais il est possible de s’en affranchir ensuite. Le silence n’a pas besoin d’être vide : il contient les pas, le souffle, les bruits de la ville, parfois une pensée insistante que l’on n’essaie pas de faire taire. La présence n’est pas un état parfait ; c’est le retour patient vers ce qui est là.
La balade en zigzag peut également renouveler les journées très cadrées par le travail. Au lieu de déjeuner devant un écran, une personne peut décider de prendre une rue différente jusqu’à la boulangerie. Au retour, elle remarque une cour plantée de bambous qu’elle n’avait jamais vue. Cette découverte ne modifiera pas son contrat, ni la charge de ses dossiers. Elle rappelle simplement que la journée ne se réduit pas entièrement à eux.
La lenteur mérite ici d’être comprise avec nuance. Elle n’est pas toujours accessible, ni toujours souhaitable. Certaines périodes exigent d’aller vite, de traverser l’essentiel, de faire au plus simple. Le geste du zigzag reste disponible comme une permission ponctuelle, non comme une morale. Il n’évalue personne.
Réintroduire un détour dans une journée, c’est parfois rappeler au temps qu’il n’est pas seulement une ressource à gérer.
Faire de la promenade en zigzag un rituel d’évasion attentif
Un rituel n’est pas forcément solennel. Il peut être aussi modeste qu’une paire de chaussures posée près de la porte, une heure réservée dans l’agenda, un carnet glissé dans une poche. Ce qui le distingue d’une habitude mécanique n’est pas son esthétique, mais l’intention qui l’accompagne. La balade en zigzag devient un rituel lorsqu’elle ouvre un espace régulier où l’on vient rencontrer ce qui bouge en soi et autour de soi.
Il peut être tentant de chercher dans cette pratique une réponse immédiate à la fatigue, à l’indécision ou au sentiment de dispersion. Or la marche ne répond pas à la place de la personne. Elle ne résout pas la complexité d’une relation, d’un travail ou d’un deuil. Elle crée plutôt une scène simple où les questions peuvent se déposer autrement. Certaines resteront sans réponse. Elles auront au moins changé de lumière.
La saison modifie profondément la qualité de l’expérience. En hiver, une promenade de quinze minutes avant la nuit peut déjà avoir la densité d’un seuil. L’air froid rend le corps plus présent, les vitrines éclairées deviennent des points de repère, et l’on rentre peut-être avec le désir d’un repas chaud. Au printemps, le zigzag se laisse guider par les arbres en train de reprendre, les terrasses, les odeurs de terre humide. Chaque saison propose sa texture sans devoir devenir un programme symbolique.
Les traditions liées à la lune ou aux saisons peuvent accompagner cette marche pour les personnes qui y trouvent une résonance. Elles relèvent d’un langage culturel et symbolique, non d’une preuve scientifique sur nos comportements. Regarder la lune avant de partir, choisir une intention au changement de saison ou tirer une carte de tarot comme support de réflexion peut aider certaines personnes à formuler une question. Ce n’est pas le symbole qui décide ; il sert de miroir attentif.
Un rituel de vingt minutes pour laisser le chemin répondre à sa manière
Le rituel peut commencer avant de franchir la porte. Il suffit de nommer intérieurement ce qui est présent, sans chercher à le corriger : « aujourd’hui, il y a de la fatigue », « aujourd’hui, il y a de l’agacement », « aujourd’hui, il y a une envie d’air ». Cette phrase place la marche du côté de l’accueil plutôt que de la fuite.
Pendant les dix premières minutes, la règle du zigzag reste très simple : alterner les directions lorsque cela est possible, tout en respectant les feux, les zones confortables et le bon sens. Les dix minutes suivantes peuvent être offertes à un sens particulier. Écouter seulement, par exemple. Ou chercher ce qui porte une teinte de rouge. Cette contrainte légère donne au mental moins de prises pour ruminer.
Au retour, trois lignes dans un carnet suffisent : « ce que j’ai vu », « ce que j’ai senti », « ce que je garde ». Une personne peut écrire : « une femme riait au téléphone devant une porte bleue ; j’ai senti mon dos se relâcher après la montée ; je garde l’idée de m’asseoir davantage près de la fenêtre. » Rien n’est spectaculaire. Le geste laisse une trace, et cette trace peut devenir un fil dans les semaines suivantes.
Ce type de pratique rejoint une idée développée dans cette plongée au cœur du flow : l’engagement ne naît pas nécessairement d’un grand projet. Il peut se former au contact d’une action simple, choisie avec assez de présence pour que le reste s’éloigne un peu. La marche n’a pas besoin d’être utile pour être profonde.
Il reste essentiel de ne pas romantiser le fait d’être seule avec ses pensées. Pour certaines personnes, le silence ou la déambulation peuvent intensifier l’angoisse, réveiller des souvenirs difficiles ou produire une sensation d’isolement. Dans ce cas, une balade accompagnée, un trajet familier, un podcast doux ou un échange avec un professionnel de santé peuvent être des appuis plus justes. La bonne pratique est celle qui respecte le seuil du jour.
La promenade en zigzag rappelle enfin une forme de sagesse très terrestre : l’existence ne suit pas une ligne droite, et elle n’a pas à le faire. Les détours ne sont pas nécessairement des retards. Ils peuvent être les lieux où se reforme la capacité d’attention, où l’improvisation retrouve sa place, où la liberté cesse d’être une idée lointaine pour devenir un geste de quelques pas.
La prochaine fois qu’une rue vous appelle sans raison évidente, il sera peut-être possible de lui accorder ce petit oui.
Qu’est-ce qu’une balade en zigzag ?
C’est une promenade où l’on laisse les intersections guider une partie du parcours, en alternant par exemple gauche et droite ou en suivant un détail qui attire l’attention. Le principe est de sortir du trajet automatique tout en conservant un cadre rassurant.
Le flow pendant la marche est-il garanti ?
Non. Le flow est un état d’attention engagée qui peut apparaître lorsque l’activité est adaptée à la personne, mais il ne se commande pas. Une marche peut aussi être simplement calme, distraite ou difficile, et rester valable.
Comment pratiquer le zigzag en sécurité ?
Choisissez un quartier connu ou confortable, prévoyez une durée, gardez un moyen de retour et modifiez librement la règle si une rue ne vous convient pas. La liberté de la balade n’implique jamais de négliger votre sécurité.
Faut-il marcher longtemps pour ressentir les effets d’une promenade attentive ?
Non. Vingt minutes peuvent suffire pour changer de rythme et observer son environnement autrement. L’essentiel est moins la durée que la qualité de présence accordée aux pas, au souffle et aux détails rencontrés.